PARRAINAGE DE L’ASSOCIATION

Discours d’officialisation du parrainage de l’association Akatij par Monsieur Colin Niel

1-Colin Niel, homme de mémoire.
Partons de  la dédicace du roman Les hamacs de carton : « A Hélène et Alexis, pour plus tard. »
On réalise que l’œuvre d’aujourd’hui a vocation à opérer sur le long terme.

Les personnages du roman  sont des exemples, des modèles ou des témoins d’une Guyane d’aujourd’hui pour les générations à venir.

A l’Akatij, nous prenons acte des difficultés et  des errances de nos usagers aujourd’hui, recueillons leurs espoirs et les aidons à les transformer en projets si humbles soient-ils. Nous sommes donc  sensibles à cette inscription sur le long terme. Nous sommes dans le pansement des plaies du jour mais travaillons pour le plus tard.

Le personnage d’Anato est un personnage qui s’inscrit lui aussi dans le temps long. C’est un enfant du fleuve qui s’est emparé de son droit de cité ; après des études à Paris, il est reconnu par la France pour son mérite et incarne l’autorité de l’état. Mais il ne renie pas ses origines et se fonde une identité originale mêlant le passé et le présent, la Guyane et la métropole et se définit lui-même comme un «  négropolitain ».

Loin de se fuir lui-même, il choisit de revenir en Guyane. A l’Akatij, nous travaillons avec nos usagers sur le thème de l’identité (être né ici ou ailleurs, se projeter dans un avenir en s’emparant d’une place dans une communauté pluriculturelle). Colin Niel nous montre que les identités peuvent se cumuler (on peut être noir-marron, métropolitain, agent de l’Etat, …). Évidemment, ce patchwork n’est pas facile à vivre tous les jours. Anato en fait souvent l’expérience. C’est un personnage vivant avec ses qualités, ses travers, ses addictions, ses démons.

 

2-Colin Niel, homme d’action
Colin Niel est venu en Guyane travailler sur le Parc Amazonien mais il ne s’est pas contenté de ces passages éclairs que l’on reproche souvent aux métropolitains qui passent sans laisser de trace durable apparente de leur investissement. Colin Niel est donc un homme d’action à part entière parce qu’au delà du geste professionnel, il souhaite que son action fasse sens dans la société où il a œuvré.

L’écriture est le signe d’une inscription de cette action dans la durée dans la mesure où il dresse dans sa trilogie guyanaise un tableau de cette société qu’Anato doit comprendre pour agir. Il jette une lumière sur cet enfer vert pour que nous la découvrions sous un autre jour à la manière de Voltaire écrivain des lumières qui disait « j’écris pour agir ».

Un roman policier est une œuvre paradoxale car le lecteur y attend une action policière mais celle-ci ne peut exister que si l’enquête repose sur une analyse froide de la situation, c’est à dire une description. Colin Niel, à ce titre, dresse un tableau du territoire guyanais et du fonctionnement de notre société :

-l’identité et la culture noir-marron
-les plaies de l’orpaillage
-les misères de l’immigration illégale
-les mules et la toxicomanie
-la grande précarité

Et ce tableau, il permet au métropolitain de le découvrir. C’est en ce sens qu’il nous aide à l’Akatij :
-la quête de l’identité et le vivre ensemble
-les gens en situation de précarité sociale
-le mal logement
-les personnes en situation d’addiction
-une jeunesse parfois en proie au désœuvrement, partagée entre l’argent facile de la drogue et la recherche d’un emploi

Voilà tous les publics que nous essayons d’accompagner dans leur urgence quotidienne. La fiction de Colin Niel nous offre un relais auprès d’une métropole parfois bien lointaine.

 

3-Colin Niel et l’engagement social

C’est cette peinture exacte et sans concession du monde qui fait de l’auteur, un auteur social mais aussi un auteur engagé. Il s’inscrit dans la grande tradition de Zola.

Si nous quittons la trilogie guyanaise pour nous pencher un instant sur Seules les bêtes, que découvrons nous d’une certaine ruralité métropolitaine ?

Le portrait d’un éleveur en montagne,  travailleur acharné mais que la solitude et la désertification de la province ont désorienté au point qu’il garde chez lui le cadavre d’une femme que pourtant il n’a pas tuée. Il est aidé un temps, avant cet accident par une assistante sociale taraudée par l’ennui mais elle non plus n’est pas un modèle inaccessible : humains trop humains, ils deviennent amants. C’est ça l’engagement social : c’est accepter sans jugement la possibilité des accidents de la vie, sans idéal inaccessible pour mieux rebondir et avancer dans son parcours personnel :

 

Non, nos usagers ne sont peut-être pas des saints mais ce n’est pas notre problème.  Notre rôle est de partir de ce qu’ils sont et de faire émerger ce qu’ils veulent afin de les aider à faire des choix dans une société parfois très dure.

 

Merci cher Colin pour votre engagement.

 

Nicolas JACOUP

Président de l’Akatij

19/09/2018

    

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